Rafiou BAH :Pourquoi, le Chef de l’État, M. Alpha Condé doit partir en 2020 ?

Rafiou BAH :Pourquoi, le Chef de l’État, M. Alpha Condé doit partir en 2020 ?

Monsieur Rafiou BAH, conseiller juridique du mouvement Amoulanfé a aboulé un certain nombre de raisons qui doivent motiver les Guinéen.ne.s à exiger le départ de M. Alpha Condé du pouvoir en 2020 après son deuxième et dernier mandat constitutionnel.

Depuis un certain temps, on constate l’euphorie voire la folie dans laquelle, certains acteurs politiques de la mouvance présidentielle dont le ténor de la majorité à l’Assemblée Nationale en l’occurrence M. Damaro Camara, sont pour chercher à jeter l’opprobre sur la Constitution en vigueur afin de justifier contre vents et marées, son soi-disant illégitimité. Nous avons décidé de nous mettre dans la « danse » pour apporter des éléments d’explication à nos concitoyen.ne.s. Ainsi, pour répondre à cette interrogation, nous entendons donner un certain nombre de raisons qui doivent motiver les Guinéen.ne.s à exiger le départ de M. Alpha Condé du pouvoir en 2020 après son deuxième et dernier mandat constitutionnel. Et ces raisons sont d’ordre historique, sociologique, juridique, politique et moral.

– La raison historique :

Depuis l’accession de notre pays à l’indépendance en 1958, notre pays n’a connu que des régimes politiques dictatoriaux et autoritaires. Du coup, cette réalité fait que la Guinée stagne encore et connaît incessamment des crises sociopolitiques qui l’empêchent de s’orienter vers la construction d’un État de droit solide et développé socialement et politiquement.

De 1958 à 1984 (26 ans), notre pays a connu le règne d’un homme qui l’avait dirigé d’une main de fer, sans partage du pouvoir. En effet, le pays n’a pas connu ce qu’on appelle l’alternance du pouvoir puis que c’est un parti unique confondu à l’État qui était à sa tête. Et pire encore, ces 26 ans durant, le parti au pouvoir en l’occurrence le PDG-RDA n’avait pas pu présenter un autre candidat en dehors du leader charismatique Ahmed Sékou Touré. Ainsi, le pays est resté dans cette situation jusqu’au 26 mars 1984, le jour où il est annoncé au peuple de Guinée, le décès de son président. Et après sa mort, le boulevard des querelles de succession s’est ouvert. Donc, chacun de ténors du pouvoir notamment ses demis frères, voulait lui succéder. Faute de consensus sur un successeur, le 3 avril 1984, l’armée s’empara du pouvoir en procédant à une véritable purge ! Et dès lors, le début d’une instabilité sociopolitique chronique commença pour la Guinée.

En 1985, le début de règne du Colonel Lansana Conté va connaître une tentative de coup qui va être maîtrisée par ses fidèles. Là encore, une véritable purge s’en suivra malheureusement. De là, s’ouvrira une nouvelle fois le départ d’une nouvelle concentration du pouvoir…

En début des années 90, le régime en place est contraint après le discours de François Mitterrand à la Baule, de favoriser la mise en place du multipartisme politique intégral. Parce que l’aide au développement de l’État français est conditionné à plu dess de démocratie dans les jeunes États africains. Malgré cette ouverture au multipartisme, le pouvoir en place continua à gérer le pays d’une main de fer à travers des mascarades électorales, et jusqu’au 28 décembre 2008, date à laquelle, le peuple de Guinée est à nouveau informé de la mort de son Chef d’État qui a conduit le destin du pays pendant 24 ans. Et très rapidement, des jeunes militaires (CNDD) s’emparèrent du pouvoir en annonçant dans les antennes de la Radio et télévision nationale (la RTG), la suspension de la Constitution en vigueur, la dissolution de l’Assemblée nationale (dont le président devrait constater la vacance du pouvoir et assurer l’intérim puis que le défunt président était dans l’incapacité d’assurer convenablement la gestion du pouvoir du fait qu’il était malade et affaibli) et dont le mandat était expiré ! C’est ainsi qu’une transition politique s’ouvrira jusqu’au mois de décembre 2010, durant laquelle transition, une élection présidentielle fut organisée par le gouvernement de transition dirigé par feu Jean-Marie Doré. De cette « élection », M. Alpha Condé est désigné Chef de l’État guinéen pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois. En 2015, il s’octroie curieusement un second mandat dès le premier tour de l’élection présidentielle ! Or, la sociologie politique du pays qui connait des clivages sociopolitiques hors norme, ne favorisaient pas une telle victoire dès le premier tour.
Donc, il continue à ce jour à assurer le pouvoir dans le cadre de son second et dernier mandat qui doit arriver à son terme en décembre 2020…

Cependant, il faut souligner qu’il entend soumettre à référendum une nouvelle Constitution qu’il est entrain de faire rédiger en catimini afin de contrecarrer les principes intangibles de la Constitution adoptée en 2010 dont il nie la légitimité, alors que c’est sur elle qu’il a prêté serment à deux reprises, et remettre le compteur à zéro pour qu’il puisse rester au pouvoir autant d’années qu’il souhaite et probablement jusqu’à sa mort comme ses prédécesseurs.

– La raison juridique :

Considérant le passé politique ténébreux qui a engendré des instabilités politiques incessantes dans notre pays, le constituant (CNT organe désigné pour élaborer une nouvelle constitution après la suspension en 2008 de celle qui avait offert un mandat à vie au défunt président Lansana Conté) a mis en place des principes intangibles (intouchables) dans la Constitution adoptée en 2010 par décret présidentiel. Et ces principes sont verrouillés par l’article 154 de ladite Constitution. Parmi eux, il y a entre autres : le principe de laïcité, la forme unitaire de l’État, la limitation du nombre de mandat présidentiel à deux (10 ans). L’objectif des principes est de fondamentalement favoriser la stabilité du pays en vue qu’il soit orienté vers la construction d’un avenir meilleur dont le substrat est l’ancrage de la démocratie qui favorise l’alternance qui permet à toutes celles et à tous ceux que les Guinéen.ne.s entendent confier la gestion de leur destin commun. Et cette alternance est naturellement un gage de stabilité sociopolitique. D’ailleurs, la cause principale des pays qui ont connu la guerre civile est souvent liée au refus de certains acteurs à favoriser l’alternance en s’accaparant du pouvoir et par ricochet, des richesses de leurs pays.

Par ailleurs, il faut rappeler que même si la Constitution n’est pas un texte sacré au même titre que le Coran ou la Bible, elle est tout de même sacrée. Elle est le texte sacré de la République. Donc, la toucher sans fondement légitimement valable, c’est la souiller, la tripatouiller, la chipoter. Et lui faire ça, c’est aussi faire la même chose à la République. Parce que sur elle [la Constitution] que repose la République. Il faut également rappeler qu’elle est la norme supérieure de l’État ! Par conséquent, il incombe à tout citoyen d’en faire le respect et la défense de la Constitution est une priorité.

– La raison sociologique :

D’emblée, rappelons que notre pays est sous tension depuis l’avènement de M. Alpha Condé au pouvoir en 2010. Le tissu social est en lambeau. Les clivages sociopolitiques sont profonds. Les discours va-t-en-guerre du Chef de l’État ne favorise pas aux Guinéen.ne.s de lire les pages douloureuses de leur histoire commune en vue de se réconcilier et les tourner définitivement et les jeter aux calendres grecques. Le Chef de l’État bien avant sa désignation en 2010, avait joué sur la fibre ethnique pour arriver à ses fins (accéder au pouvoir) en orchestrant une fausse histoire – la fameuse affaire de « l’eau empoisonnée » pour diviser les Guinéen.ne.s et les pousser à l’affrontement entre eux/elles. De cette fausse affaire cyniquement planifiée, il y avait eu des répercussions à Siguiri où des Guinéen.ne.s avaient pour pourchasser leurs compatriotes à cause des divergences sociopolitiques !

Une fois au pouvoir, le Chef de l’État a enfoncé le clou dans ses projets cyniques qui consistent à diviser pour mieux régner. Du coup, il tenait des discours dans lesquels, il exclut, stigmatise et insulte certains Guinéens.
C’est en celà, il a régné et règne encore. Rappelons-nous de son récent discours au siège du RPG (parti quitter le l’a fait désigner président et dont il continue d’être le président malgré l’interdiction constitutionnelle) dans lequel, il appelle expressément ses militants à être prêts pour l’affrontement en disant que nul ne peut l’empêcher de se présenter devant le peuple. De façon très subtile, il indique dans ce discours sa volonté de soumettre sa nouvelle constitution commandée et taillée sur mesure au peuple. Ceci, M. Alpha Condé est prêt à tout même au pire pour conserver son pouvoir malgré l’interdiction faite par notre loi fondamezsf6ntale (Constitution).

En effet, il y a un fort risque que cet affrontement auquel, il appletelle ses militants ait lieu (on ne le souhaite pas). Parce que des Guinéen.ne.s de toute sensibilité confondue entendent s’opposer à ce projet cynique qui risque de plonger notre pays dans les crises sociopolitiques (des régimes autoritaires) d’antan.

Au-delà de ce risque, les Guinéen.ne.s vivent dans une précarité et pauvreté aiguës. Et ça malgré les richesses abondantes que le Seigneur des mondes leur a fait grâce ! En plus, depuis l’avènement de M. Alpha Condé au pouvoir, le pays a connu de loin par rapport aux régimes précédents, une forte entrée d’argent, mais les Guinéen.ne.s dans leur écrasante majorité n’en profitent pas de cette entrée d’argent. Pire encore, à cause des exploitations minières sauvages, ils assistent impuissants à la destruction de leur environnement naturel qui permettait à nombre d’entre eux de vivre du fruit de leur travail agricole. Les Guinéen.ne.s ne méritent-ils pas le bonheur ? Pourquoi, leurs dirigeants (un petit clan mafieux) leur veulent la misère, l’humiliation systématiques ? Donc, il est temps, qu’ils prennent leur destin commun en main !

– La raison politique :

Précédemment, nous avons rappelé l’historicité de la construction ténébreuse (par rapport à l’alternance politique) que notre pays a connue. Aujourd’hui, la Guinée doit se mettre dans la nouvelle phase qu’empruntent ses voisins. Cette nouvelle phase consiste à construire un État démocratique fort dont l’alternance politique et générationnelle doit être le crédo des gouvernants. Ainsi, nous obtiendrons la stabilité sociopolitique qui favorisera un environnement économique bénéfique à l’ensemble des Guinéens et Guinéennes. Du coup, nous connaîtrons l’harmonie. À défaut d’être dans cette démarche, notre pays connaîtra un éternel recommencement qui l’empêchera de se développer !

– La raison morale :

Il faut rappeler que M. Alpha Condé a prêté serment à deux reprises de respecter et de faire respecter cette Constitution sur laquelle, il tient la légalité de sa gouvernance. Mais fort malheureusement, il l’a toujours violée et il continue de violer d’ailleurs. Or, la morale et même le droit d’ailleurs voudrait que l’on respecte son engagement quand on le prend. Surtout, quand cet engagement est lié à une vie d’un peuple. Mais hélas !

Cependant, il convient de souligner que si cet engagement n’est pas respecté, la morale ne sanctionne que le blâme, or, le droit, lui, il sanctionne pénalement. Parce qu’il commet un délit de parjure.

Pour terminer, il faut rappeler cette fameuse citation de Franz Fanon : « chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir. » (Les damnés de la terre)

Alors, il nous appartient de mener ce combat pour exiger le respect de la Constitution et éventuellement, celui de l’alternance générationnelle. Nous faisons de ce combat, nôtre !

Amoulanfé

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