Un Guinéen est mort : Hommage de Titi Sidibé à Mamoudou Barry.

Un Guinéen est mort : Hommage de Titi Sidibé à Mamoudou Barry.

 Au moment où il se dit que la jeunesse guinéenne est en perte de valeurs, surgit furtivement de la plus douloureuse des manières une tragédie guinéenne mettant en scène la vie et la mort d’un jeune Guinéen dont la vie et le parcours ont suscité chez des millions de Guinéens un sentiment national de fierté et de tristesse.

Il s’appelait Mamoudou Barry, mais Bolaro pour les intimes. Si jeune pour être docteur, l’air si timide pour être enseignant, il ne lui fallait que la vie, rester en vie pour être merveilleux pour son épouse, sa petite fille de deux ans et pour ses proches.

Comment avoir rendez-vous avec la mort quand on a que 31 ans, quand on va chercher son épouse à l’arrêt de but ? Comment prendre rendez-vous avec la mort quand on s’apprête à se reposer d’une semaine d’enseignement et de recherche ?  Jouer avec sa petite fille, regarder la télé, regarder peut-être la finale de la CAN de ce vendredi 19 juillet 2019 ?

De la plus triste des manières, devant son épouse, des coups d’une haine raciste inouïe pleuvent sur le visage paisible de Bolaro, incompréhensible non ? Pris par hasard, le hasard d’une couleur ébène passant par-là, parce que noir, voulant comprendre pourquoi tant de haine ! Bolaro qui était aussi un africaniste, prêcheur de paix, a eu tort de croire en un peu d’humanité chez son agresseur-fou, fou de haine et de tout autre tour de folie ! Et Bolaro tomba d’une chute dont il ne se relèvera plus jamais !

Tomber si jeune, tomber devant femme et passants, tomber en si bonne santé, alors que la vie, tout entière, lui tendait les bras pour un brillant avenir dont il avait artisanalement façonné les clés. Tomber moins d’un mois après avoir soutenu sa thèse de doctorat avec brio et avec les félicitations exceptionnelles du jury.

Le Docteur Mamoudou Barry, puisque c’est ainsi qu’il convient de l’appeler, n’était pas seulement un brillant juriste fiscaliste, beau, souriant et sage… On dit aussi de lui qu’il était bon camarade, pacifiste et conciliant… Conciliant au point d’avoir voulu raisonner son agresseur.

Ainsi c’était le rendez-vous avec la mort de celui qui disait dans une de ses brillantes interventions vidéo, être en voyage mais pas en déplacement, parce ce, disait-il, être en voyage c’est s’apprêter à rentrer chez soi, alors que se déplacer c’est s’installer ailleurs. Le Docteur Barry exprimait ainsi son amour inconditionnel pour la Guinée, sa patrie, dont il était devenu, à force de travail, l’un des seuls spécialistes en fiscalité minière.

L’agression fatale du Docteur Barry a plongé sa famille, ses amis et le peuple de Guinée dans un deuil impossible, sinon si difficile à envisager, mais tellement vrai. Ainsi s’arrête à 31 ans le beau récit du parcours de vie sur terre d’une si belle âme.

La mort du Docteur Barry a également l’occasion, même triste, pour les Guinéens des quatre coins du monde d’exprimer en chœur leur sentiment de tristesse en tant que Nation, une et indivisible. Un Guinéen est mort de mort violente, tué parce qu’il est noir, mort pour rappeler à chaque Guinéen que même ailleurs on reste Guinéens.

Le Docteur Mamoudou Barry, Bolaro ne retournera plus à ses recherches à la faculté de droit, son épouse ne l’attendra plus innocemment à l’arrêt de bus, sa petite fille devra se contenter de poser des questions à sa maman, et l’homme qui avait voyagé à Rouen devra désormais être déplacé en Guinée, faute de se déplacer, terre de ses ancêtres pour y reposer éternellement.

Mon valeureux compatriote, Docteur Mamoudou Barry, Bolaro, je n’ai pas eu l’immense plaisir de te connaitre avant ce triste et sordide coup fatal qui t’arrache à l’affection de ta famille et de la Guinée.  Comme des millions de Guinéens, je suis si fier d’avoir entendu parler de toi, d’entendre ton amour pour la vie et pour notre pays.

Repose en paix désormais. Faute de rester parmi nous, tu restes désormais à jamais dans nos cœurs.

 

 

 

Titi SIDIBE

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